Dans cet article
- 1972 : la naissance officielle du Stade Rennais Football Club
- Le départ de Laurent Pokou et les difficultés des années 1970
- Les années 1980 : l’instabilité entre deux divisions
- La montée décisive de 1990, à Lorient
- Les années 1990 : la stabilisation portée par le groupe Pinault
- Guivarc’h, buteur du championnat en 1996-1997
- La reprise du club par François Pinault et l’arrivée de Paul Le Guen
- Le rôle central des présidents dans cette longue traversée
- Le centre de formation, un investissement qui porte ses fruits sur le temps long
- Une renaissance qui prépare la Ligue 1 installée des années 2000
- Un club qui ressemble encore aujourd’hui à ce qu’il a traversé
- Ce qu’il faut retenir de ces trois décennies charnières
Entre 1972 et 1999, le Stade Rennais change de nom, traverse près de deux décennies d’instabilité sportive entre première et deuxième division, avant de connaître une véritable renaissance institutionnelle et sportive à la fin du siècle. Cette période, moins associée à des trophées que les Coupes de France de 1965 et 1971, n’en est pas moins décisive pour comprendre comment le club a construit les fondations de sa présence durable en Ligue 1. Cet article complète notre pilier l’histoire du Stade Rennais, de 1901 à aujourd’hui.
Cette période fait directement suite aux deux Coupes de France de 1965 et 1971, dont l’éclat contraste fortement avec l’instabilité institutionnelle qui a suivi.
1972 : la naissance officielle du Stade Rennais Football Club
Le 23 mai 1972, la section football du Stade rennais Université Club (SRUC) devient officiellement le Stade Rennais Football Club, tandis que l’athlétisme, le basket et le hockey conservent l’appellation SRUC. Ce changement de nom, souvent réduit à une simple ligne dans les historiques rapides, marque en réalité une étape institutionnelle importante : le football rennais s’autonomise définitivement des autres disciplines sportives du club omnisports originel, fondé en 1901.
Cette période est notamment détaillée par l’encyclopédie consacrée à l’histoire du club. Cette même décennie voit le club évoluer sans son entraîneur historique : Jean Prouff, artisan des deux Coupes de France de 1965 et 1971, quitte progressivement le club, et René Cédolin devient entraîneur de l’équipe première. Le 17 janvier 1973 marque le début d’une longue carrière rennaise pour le junior Pierrick Hiard, qui débute au Parc des Princes face au Paris FC (2-2).

Le départ de Laurent Pokou et les difficultés des années 1970
Les dirigeants rennais tentent alors de bâtir une équipe à forte identité bretonne, avec Raymond Kéruzoré comme joueur emblématique. Mais l’attaquant ivoirien Laurent Pokou, très attaché à la Bretagne malgré les sollicitations de grands clubs, quitte finalement le club en 1977 dans un contexte de grandes difficultés financières — un départ qui coïncide avec une période de fragilité sportive et institutionnelle marquée par deux relégations en deuxième division, en 1974-1975 puis en 1976-1977.
Bernard Lemoux, alors président, cède sa place à Alfred Houget le 14 mai 1977. Le club est alors clairement en crise, et d’autres joueurs comme Arribart, Delamontagne puis Hiard suivent le chemin du départ. La décennie 1970 se termine sur cette note difficile, le club évoluant en seconde division, avec Pierre Garcia comme nouvel entraîneur. Un événement institutionnel important survient malgré tout en 1978 : la création du centre de formation du club, qui jouera un rôle déterminant dans les décennies suivantes.
Quelques repères permettent de mesurer le chemin parcouru entre 1972 et la fin des années 1990 :
- Le club change de nom en 1972, devenant le Stade Rennais Football Club à part entière ;
- Il connaît de nombreuses montées et descentes entre première et deuxième division jusqu’en 1990 ;
- Le centre de formation, créé en 1978, met quinze à vingt ans avant de porter pleinement ses fruits ;
- Le groupe Pinault, arrivé en 1993, met fin à des décennies d’instabilité financière et institutionnelle.
Les années 1980 : l’instabilité entre deux divisions
La décennie suivante illustre parfaitement l’instabilité chronique du club durant cette période. En 1979-1980, Alfred Houget est remplacé par M. Dimier à la présidence, et le club, alors en deuxième division, termine à la seconde place du championnat avant de perdre les barrages d’accession face à Avignon (défaite 3-2). La saison suivante, sous la direction de Jean Vincent, ancien Nantais arrivé après le limogeage de Pierre Garcia, le club termine enfin à la première place et retrouve la première division.
Ce retour dans l’élite ne dure toutefois qu’une saison : le club termine dernier et redescend immédiatement. Pierre Mosca prend alors les commandes, et le club retrouve la première division après avoir éliminé Rouen en barrages. La saison 1985-1986 voit l’arrivée de joueurs comme Jocelyn Angloma, Guy Lacombe, Mangione et Voordeckers, et l’équipe atteint les demi-finales de la Coupe de France, battue par Marseille. Mais de nouveaux bouleversements suivent rapidement : changement de présidence (Soucaret succède à Dimier), nouveaux entraîneurs, et une nouvelle relégation en Division 2.
La montée décisive de 1990, à Lorient
Après plusieurs saisons de recrutement patient sous la présidence de Gérard Duval et l’entraînement de Raymond Kéruzoré, le club obtient enfin sa montée définitive en première division à l’issue de la saison 1989-1990. Cette montée est acquise grâce à une victoire décisive obtenue à Lorient lors de la dernière journée du championnat, dans une fin de match totalement disputée. Trois ans après avoir quitté l’élite, le Stade Rennais Football Club retrouve durablement la première division — un retour qui ne connaîtra plus, cette fois, de nouvelle relégation avant de nombreuses années.

Les années 1990 : la stabilisation portée par le groupe Pinault
La décennie 1990 démarre pourtant mal : après un nouveau passage difficile en deuxième division au début de la décennie, le président René Ruello mise sur le centre de formation rennais, confié à Michel Le Milinaire, ancien artisan des succès du Stade lavallois pendant plus de vingt ans. Cette politique de formation porte rapidement ses fruits, avec l’émergence de jeunes joueurs comme Sylvain Wiltord.
Le 7 juillet 1993, un tournant financier majeur survient : le groupe Pinault (La Redoute, Conforama, Fnac) devient sponsor principal du club, en remplacement de Pfizer. François Pinault n’est alors pas un inconnu pour le club : il avait déjà contribué, dès 1973, à la venue de l’attaquant ivoirien Laurent Pokou. Cette arrivée stabilise durablement les finances rennaises, à un moment où de nombreux clubs français traversent des difficultés économiques comparables à celles connues par Rennes vingt ans plus tôt.
Guivarc’h, buteur du championnat en 1996-1997
Sur le plan sportif, la fin de la décennie 1990 voit émerger un attaquant qui marquera durablement l’histoire du club : Stéphane Guivarc’h. Arrivé pour remplacer Marco Grassi, parti à Monaco, le Breton devient rapidement le chouchou du public rennais. Lors de la saison 1996-1997, il termine meilleur buteur du championnat de France avec 22 buts inscrits sous le maillot rouge et noir — une performance individuelle rare pour un club de cette taille, qui le propulsera l’année suivante vers l’équipe de France championne du monde en 1998, un parcours confirmé par le palmarès des meilleurs buteurs de Ligue 1 publié par Maxifoot.
Malgré cette performance individuelle exceptionnelle, le club termine cette saison 1996-1997 seulement à la 16e place du championnat, illustrant que la réussite d’un buteur ne garantit pas mécaniquement un bon classement collectif. La saison suivante, 1997-1998, est même marquée par une lutte contre la relégation, résolue lors de la dernière journée grâce à une victoire décisive contre Toulouse (1-0, but de Kaba Diawara, arrivé en prêt de Bordeaux en cours de saison). Cette fragilité persistante rappelle combien l’instabilité de la décennie précédente, déjà présente durant les années de guerre et l’après-guerre, restait encore récente dans la mémoire du club.
La reprise du club par François Pinault et l’arrivée de Paul Le Guen
À la fin de la décennie, François Pinault, très attaché au club de son enfance, en reprend officiellement les rênes. Pierre Blayau devient président du club, et Paul Le Guen, ancien international français d’origine bretonne, est nommé entraîneur, avec Yves Colleu comme adjoint. Le recrutement qui suit est jugé judicieux, avec l’arrivée de joueurs comme Sommeil, Nonda, Arribagé et Revault.
Sous la direction de Paul Le Guen, le club rivalise alors avec les meilleures équipes du championnat : à mi-parcours de la saison 1998-1999, l’équipe rennaise pointe à la 3e place, avant de terminer finalement à la 5e place, avec dix points d’avance sur le 6e, Lens. La popularité de Paul Le Guen en Bretagne atteint alors des sommets. La saison suivante, à l’été 1999, le club affronte même la Juventus de Turin de Zinédine Zidane en Coupe Intertoto, s’inclinant 2-0 à Cesena avant d’obtenir un match nul 2-2 à Rennes — un résultat qui montre que le club peut désormais rivaliser, ponctuellement, avec l’une des plus grandes formations européennes, même dans une compétition secondaire.
Le rôle central des présidents dans cette longue traversée
En relisant cette période de près de trois décennies, un élément frappe particulièrement : la fréquence des changements de présidence. Dimier, Soucaret, Duval, puis Ruello : chacun de ces dirigeants a dû composer avec une situation financière fragile, héritée en partie des crises précédentes, tout en tentant de stabiliser durablement le projet sportif du club. Cette instabilité à la tête du club, bien plus marquée que dans les décennies suivantes, explique en grande partie les changements fréquents d’entraîneurs et de politique de recrutement observés durant cette période.

C’est précisément cette instabilité chronique de gouvernance que l’arrivée du groupe Pinault en 1993, puis la reprise directe du club par François Pinault à la fin de la décennie, vient rompre durablement. À partir de ce moment, le club dispose enfin d’un actionnariat stable et suffisamment doté financièrement pour construire un projet sportif sur plusieurs saisons consécutives, sans dépendre des seules ressources d’un président bénévole ou d’un sponsor ponctuel.
Le centre de formation, un investissement qui porte ses fruits sur le temps long
La création du centre de formation en 1978, en pleine traversée du désert institutionnelle, méritait d’être soulignée davantage : c’est un choix stratégique qui ne portera ses fruits que quinze à vingt ans plus tard, avec l’émergence de joueurs comme Sylvain Wiltord et Stéphane Guivarc’h dans les années 1990. Ce délai entre l’investissement et le résultat sportif illustre bien pourquoi une politique de formation ne peut jamais être jugée sur une ou deux saisons : elle nécessite une continuité institutionnelle que le club n’obtiendra durablement qu’à partir de la stabilisation financière des années 1990.
Ce fil rouge entre l’investissement de 1978 et ses effets sur le terrain reste, avec le recul, plus déterminant que les résultats sportifs souvent erratiques du club durant ces mêmes années.
Une renaissance qui prépare la Ligue 1 installée des années 2000
Cette fin de décennie, marquée par la stabilisation financière du groupe Pinault et la réussite sportive de Paul Le Guen, referme définitivement la parenthèse ouverte en 1972 : le Stade Rennais s’installe durablement dans l’élite du football français, sans plus jamais connaître de relégation dans les décennies suivantes. Notre article sur les années 2000, l’Europe et la Ligue 1 installée raconte comment cette renaissance se confirme et se prolonge dans le nouveau siècle.
Ceux qui souhaitent découvrir comment cette instabilité a débuté peuvent aussi consulter notre article sur le club à l’épreuve de la guerre et les années 1950.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1972 | Naissance officielle du Stade Rennais Football Club |
| 1977 | Départ de Laurent Pokou, crise financière |
| 1978 | Création du centre de formation du club |
| 1990 | Montée décisive en D1 grâce à une victoire à Lorient |
| 1993 | Arrivée du groupe Pinault comme sponsor principal (7 juillet) |
| 1996-1997 | Stéphane Guivarc’h, meilleur buteur du championnat (22 buts) |
| 1998-1999 | 5e place du championnat sous Paul Le Guen |
Un club qui ressemble encore aujourd’hui à ce qu’il a traversé
Certains éléments de l’identité actuelle du club trouvent directement leur origine dans cette longue période d’instabilité suivie de renaissance. La méfiance instinctive de certains supporters historiques face à l’euphorie d’un bon début de saison, par exemple, s’explique en partie par la mémoire de ces décennies où les montées se transformaient rapidement en descentes. De la même manière, l’attachement particulier porté à la politique de formation du club, encore revendiquée aujourd’hui, trouve ses racines directement dans la création du centre de formation en 1978 et dans la réussite qu’il a permise quinze ans plus tard.
Comprendre cette période permet donc de mieux saisir certains réflexes culturels toujours présents chez les supporters rennais les plus attachés à l’histoire du club, bien après que la situation institutionnelle s’est durablement stabilisée à partir des années 2000.
Ce qu’il faut retenir de ces trois décennies charnières
- Le nom actuel du club, Stade Rennais Football Club, date du 23 mai 1972 ;
- Le club a connu de nombreuses montées et descentes entre 1972 et 1990, avant de s’installer durablement en première division ;
- Le groupe Pinault, arrivé en 1993, a stabilisé durablement les finances du club ;
- Stéphane Guivarc’h a été meilleur buteur du championnat en 1996-1997, avant de devenir champion du monde en 1998.
Cette histoire, vérifiée à partir de sources encyclopédiques et documentaires, s’inscrit dans le registre journalistique indépendant de French Will, sans affiliation avec le Stade Rennais Football Club.



