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French Will
Une écharpe rouge et noire posée sur un vieux fauteuil de tribune, lumière chaude de fin de journée

Mémoire rouge et noir

Le Stade Rennais, de 1901 à aujourd'hui

Plus d'un siècle de montées, de descentes et de trois Coupes de France : le récit de l'histoire du club, vérifié et réécrit pour ce magazine indépendant.

Le Stade Rennais est né le 10 mars 1901, fondé par des étudiants rennais, avant de fusionner en 1904 avec le Football Club rennais pour adopter les couleurs rouge et noir. Depuis, le club a connu des montées, des descentes, trois victoires en Coupe de France et une professionnalisation progressive qui l'a mené à s'installer durablement en Ligue 1. Ce récit reprend et vérifie les grandes étapes de cette histoire, décennie par décennie, à partir de sources vérifiées — sans affiliation avec le club, dans un but strictement documentaire.

Dans cet article

  1. 1901-1904 : la fondation et la fusion fondatrice
  2. Les années 1940 : le club à l'épreuve de la guerre
  3. Les années 1960 : la première Coupe de France
  4. 1972 : la naissance du Stade Rennais Football Club
  5. Les années 1980 : l'ascenseur entre les deux divisions
  6. Les années 1990 : la stabilisation et le retour durable en D1
  7. La saison 2010-2011, une année de leader
  8. Les années 2010 et 2020 : deux finales perdues, une Coupe de France reconquise
  9. Repères chronologiques

1901-1904 : la fondation et la fusion fondatrice

Le 10 mars 1901, des anciens étudiants rennais de la rue d'Échange — parmi lesquels Duchesne, Jamin, Peter et Ghis — fondent un club omnisports pratiquant le football et l'athlétisme : le Stade rennais. Ce club joue alors en bleu ciel et marine à rayures verticales. Quinze jours après sa création, il affronte sur le terrain de la Mabilais, près du quai de la Prévalaye, un club rival : le Football Club rennais, qui porte lui le rouge et le noir. Le match se solde par une défaite 6-0 pour le jeune Stade rennais.

Le club participe à sa première compétition officielle en 1903, le championnat de Bretagne organisé par l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques, qu'il remporte l'année suivante avant de s'incliner en demi-finale nationale. Le 4 mai 1904, le Stade rennais fusionne avec son voisin, le Football Club rennais, pour donner naissance auStade rennais Université Club (SRUC). C'est de cette fusion que naît l'adoption définitive du rouge et noir, hérité du club vaincu quelques années plus tôt. Cette histoire de la fondation est également racontée par Bécédia, l'encyclopédie en ligne de Bretagne culture diversité.

Cette fusion de 1904, souvent réduite à une simple ligne dans les historiques rapides du club, mérite d'être comprise dans son contexte local : Rennes comptait alors plusieurs clubs concurrents, dont l'Union sportive servannaise, qui menaçait la viabilité des deux structures rivales prises séparément. En unissant leurs forces, le Stade rennais et le Football Club rennais ont posé les bases d'un club unique capable de peser durablement dans le football breton, plutôt que de s'épuiser dans une rivalité locale stérile.

Les années 1940 : le club à l'épreuve de la guerre

La Seconde Guerre mondiale bouleverse l'organisation du football français. Au SRUC, le joueur allemand Antoine Raab, mobilisé dès 1939 par l'armée nazie, déserte et se cache pour échapper à la Gestapo avant de rejoindre la Résistance française. Le club, privé de championnat national, redevient temporairement amateur et ne dispute plus que la Coupe de France et quelques matchs amicaux. Le championnat reprend en 1941 sous forme de division nationale à deux groupes, où le SRUC se classe septième. La période est aussi marquée par le décès d'Isidore Odorico, ancien joueur devenu dirigeant, figure majeure de la ville de Rennes à qui l'on doit notamment la création de la piscine Saint-Georges. Ce récit détaillé de la période prolonge notre chronique consacrée aux années de guerre et à la décennie 1950 du Stade rennais.

Les années 1960 : la première Coupe de France

En 1961, après six saisons sur le banc rennais, l'entraîneur Henri Guérin quitte le club (il dirigera plus tard l'équipe de France lors de la Coupe du monde 1966) ; Antoine Cuissard, ancien joueur du club tout juste retraité, lui succède. Le président Louis Girard, en poste depuis 1954, modernise les infrastructures du club et vise désormais des titres. En 1964, Jean Prouff, ancien joueur revenu entraîner son club de cœur, prend les commandes de l'équipe. La saison suivante, en 1964-1965, le Stade rennais remporte sa première Coupe de France en battant l'UA Sedan-Torcy 3-1 lors du match rejoué le 26 mai 1965, après un premier match nul 2-2 le 23 mai au Parc des Princes. Le retour à Rennes est triomphal : le député-maire M. Fréville compare la liesse populaire à celle de la Libération. Le club termine cette saison à la quatrième place du championnat avec la meilleure attaque du pays, avant de disputer la Coupe des vainqueurs de coupe l'année suivante, où il est éliminé par le Dukla de Prague.

1972 : la naissance du Stade Rennais Football Club

Le 23 mai 1972, la section football du SRUC devient officiellement le Stade Rennais Football Club, tandis que l'athlétisme, le basket et le hockey conservent l'appellation SRUC. Cette même décennie voit le club décrocher sa seconde Coupe de France, en1971, face à l'Olympique lyonnais, sur le score de 1-0 au stade Yves-du-Manoir de Colombes. Après ce titre, le club connaît des années plus difficiles : plusieurs relégations en deuxième division se succèdent dans les années 1970 (1974-1975 puis 1976-1977), une période de fragilité sportive et institutionnelle qui coïncide avec le passage de l'attaquant ivoirien Laurent Pokou, arrivé en 1974 et contraint au départ en 1977 faute de moyens du club, bien qu'attaché à la Bretagne au point d'y effectuer un bref retour dès septembre 1978.

Les années 1980 : l'ascenseur entre les deux divisions

La décennie suivante illustre bien l'instabilité du club durant cette période : entre 1979 et 1990, le Stade Rennais alterne plusieurs montées et descentes entre première et deuxième division, au gré des changements de présidence et d'entraîneur, parmi lesquels Raymond Kéruzoré. Le club réalise son meilleur parcours en Coupe de France depuis 1971 lors de la saison 1985-1986, en atteignant les demi-finales, où il retrouve l'Olympique de Marseille et s'incline (0-1 à l'aller, 1-1 au retour) après avoir sorti Auxerre en quarts, avant de retrouver définitivement la première division à l'issue de la saison 1989-1990, grâce à un but marqué dans les derniers instants du match à Lorient, lors de la dernière journée.

Un homme âgé montre un album de photos d'équipes de football en noir et blanc à une jeune femme, dans un salon chaleureux
Raconter les montées et les descentes des années 1980, c'est aussi transmettre une mémoire de famille.

Cette instabilité chronique nourrit aujourd'hui encore les souvenirs des supporters les plus âgés, qui aiment raconter aux plus jeunes comment une simple journée de championnat à Lorient a suffi à faire basculer une saison entière. Ce type de récit, transmis de génération en génération autour d'un album de photos ou d'une discussion de fin de repas, constitue une part de la mémoire populaire du club aussi importante que les trophées eux-mêmes. C'est aussi dans ces années de galère sportive que se forge une partie de l'attachement des supporters les plus fidèles : soutenir un club qui monte et qui descend demande un engagement différent de celui qui accompagne une équipe toujours installée au sommet.

Les années 1990 : la stabilisation et le retour durable en D1

La décennie 1990 marque une vraie transformation du club. Après un nouveau passage en deuxième division au début de la décennie, l'équipe première est confiée en 1993 à Michel Le Milinaire, artisan pendant vingt-quatre ans du parcours du Stade lavallois. De jeunes joueurs comme Sylvain Wiltord ou Stéphane Guivarc'h — meilleur buteur du championnat lors de la saison 1996-1997 avec 22 buts — émergent à cette époque. En juillet 1993, le groupe Pinault devient sponsor principal du club, stabilisant durablement ses finances. Le groupe Artémis de François Pinault, attaché au club depuis son enfance, en reprend officiellement les rênes en 1998 et nomme Paul Le Guen entraîneur la même année, marquant le début d'une période de résultats plus réguliers en première division.

La saison 2010-2011, une année de leader

Parmi les saisons les plus commentées de l'histoire récente du club figure la saison 2010-2011, marquée par un début de championnat exceptionnel. Après une série de bons résultats, le Stade Rennais s'impose 3-1 face à Toulouse lors de la huitième journée grâce à des buts de Romain Danzé, Abdoulaye Mangane et Yannick Marveaux, et prend la tête de la Ligue 1. Ce match marque le point haut d'une dynamique portée notamment par le jeune milieu de terrain Yann M'Vila, pièce maîtresse de l'effectif de cette période. Notre chronique complète de cette période, la saison 2010-2011 racontée, revient en détail sur ce parcours.

Cette position de leader, obtenue tôt dans la saison, ne s'est pas transformée en titre : le championnat s'est ensuite resserré, comme c'est souvent le cas sur une saison complète de Ligue 1. Elle reste néanmoins un repère fort dans la mémoire des supporters rennais, souvent cité comme la preuve que le club peut, sur une séquence donnée, rivaliser avec les meilleures équipes du championnat. D'autres rencontres de cette même saison, comme un nul obtenu face à l'Olympique lyonnais ou une victoire à l'extérieur à Nancy, confirment la solidité défensive de l'équipe de cette période.

Les années 2010 et 2020 : deux finales perdues, une Coupe de France reconquise

La décennie 2010 confirme le retour du Stade Rennais au premier plan national, mais d'abord par deux désillusions en finale. Le 20 avril 2013, au Stade de France, l'équipe de Frédéric Antonetti s'incline 1-0 en finale de la Coupe de la Ligue face à l'AS Saint-Étienne. Un an plus tard, le 3 mai 2014, toujours au Stade de France, Rennes perd à nouveau une finale de Coupe de France, cette fois dans un derby breton face à l'En Avant de Guingamp, battu 2-0.

Il faut attendre le 27 avril 2019 pour que le club efface cette série de désillusions. Emmené par le jeune entraîneur Julien Stéphan, promu en cours de saison, et présidé par Olivier Létang, le Stade Rennais retrouve le Stade de France pour affronter le Paris Saint-Germain en finale de la Coupe de France. Menés puis revenus à 2-2 après prolongation, les Rennais l'emportent aux tirs au but (6-5), décrochant leur premier titre depuis 1971. Cette victoire s'inscrit dans un retour plus large du club sur la scène européenne : dès la saison 2018-2019, Rennes retrouve une coupe d'Europe après sept ans d'absence et atteint les huitièmes de finale de la Ligue Europa : après avoir sorti le Betis Séville, il bat Arsenal 3-1 au Roazhon Park avant de s'incliner 3-0 à Londres au match retour. En 2020-2021, le club dispute pour la première fois de son histoire la Ligue des champions, dans un groupe partagé avec Chelsea, le FC Séville et le FK Krasnodar, sans parvenir à se qualifier pour la phase à élimination directe. Tout au long de cette période, le club reste sous le contrôle de la famille Pinault via le groupe Artémis, qui en avait pris les rênes en 1998.

Les trois Coupes de France du club, en résumé :

  • 1965 : victoire contre l'UA Sedan-Torcy, 3-1 au match rejoué après un premier nul 2-2.
  • 1971 : victoire 1-0 contre l'Olympique lyonnais à Colombes.
  • 2019 : victoire contre le Paris Saint-Germain aux tirs au but (2-2, 6-5).
AnnéeÉvénement
1901Fondation du Stade rennais par des étudiants rennais
1904Fusion avec le Football Club rennais, naissance du SRUC et des couleurs rouge et noir
1965Première Coupe de France, victoire contre l'UA Sedan-Torcy (2-2 puis 3-1 au match rejoué)
1971Seconde Coupe de France, victoire contre l'Olympique lyonnais (1-0)
1972Naissance officielle du Stade Rennais Football Club
1998Reprise du club par le groupe Artémis de François Pinault
2013Finale de Coupe de la Ligue perdue contre l'AS Saint-Étienne (0-1)
2014Finale de Coupe de France perdue contre l'En Avant de Guingamp (0-2)
2019Troisième Coupe de France, victoire aux tirs au but contre le Paris Saint-Germain (2-2, 6-5 t.a.b.)
2020Première participation à la Ligue des champions

Une histoire faite d'allers-retours entre les divisions

Ce qui frappe le plus dans l'histoire du Stade Rennais avant les années 2000, c'est la régularité des allers-retours entre première et deuxième division. Contrairement à des clubs qui connaissent une ascension linéaire, Rennes a connu des cycles de montées et de descentes qui s'étendent sur près de six décennies, entre les changements de présidence des années 1980 et une période de fragilité structurelle dans les années 1970, marquée par le passage de Laurent Pokou. Cette instabilité institutionnelle explique en partie pourquoi la stabilisation financière apportée par le groupe Pinault à partir de 1993 marque un tournant aussi net dans les récits consacrés au club.

  • 1901-1904 : fondation du Stade rennais, puis fusion avec le Football Club rennais ;
  • Années 1970-1980 : période de fragilité institutionnelle, allers-retours fréquents entre les deux premières divisions ;
  • 1993-1998 : reprise progressive en main par le groupe Pinault, stabilisation financière durable ;
  • 2019 : troisième Coupe de France, premier titre du club depuis 1971 ;
  • 2020-2021 : première participation à la Ligue des champions.

Cette histoire mouvementée nourrit aussi une identité particulière chez les supporters rennais : l'attachement au club ne s'est jamais construit sur une succession ininterrompue de succès, mais sur la fidélité traversée par les crises. C'est cette mémoire commune, faite de hauts et de bas, que French Will cherche à raconter avec exactitude plutôt qu'à idéaliser. Beaucoup de supporters actuels découvrent d'ailleurs cette mémoire à l'occasion d'un premier rendez-vous un soir de match, où le récit du club se transmet aussi naturellement que les résultats du jour.

Cette histoire continue de s'écrire aujourd'hui, avec ses saisons européennes et ses nouvelles générations de joueurs issus du centre de formation. Pour l'aspect visuel de cette mémoire, voir aussi notre article sur l'histoire du maillot et des couleurs du club. Ce site n'étant affilié à aucune structure officielle, chaque fait cité ici a été vérifié auprès de sources documentaires et encyclopédiques indépendantes.

Ce que révèlent les archives sur la vie du club

Les archives du club, y compris les comptes rendus de matchs les plus modestes, révèlent des détails qui dépassent le simple résultat sportif : la mobilisation d'un joueur allemand contre l'armée nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, l'engagement civique d'un dirigeant comme Isidore Odorico dans des projets urbains rennais bien au-delà du football, ou encore l'attachement viscéral d'un joueur comme Laurent Pokou à la Bretagne malgré les sollicitations de clubs plus prestigieux. Ces fragments d'histoire, souvent négligés au profit des seuls scores et classements, donnent au club une épaisseur humaine que les statistiques seules ne montrent jamais. C'est aussi cette épaisseur humaine que l'on retrouve dans le récit des associations de supporters, lieux de rencontre où se transmet une partie de cette mémoire collective.

C'est précisément cette dimension humaine que French Will cherche à préserver en réécrivant cette histoire : non pas une succession de résultats sportifs, mais le récit d'hommes et de femmes, dirigeants, joueurs et supporters, qui ont construit ensemble l'identité rouge et noire au fil de plus d'un siècle.

Pourquoi cette mémoire compte encore aujourd'hui

Raconter l'histoire d'un club sportif ne relève pas seulement de la nostalgie : c'est aussi un moyen de comprendre ce qui rassemble encore aujourd'hui des générations très différentes de supporters. Un jeune supporter qui découvre le club à l'occasion d'une campagne européenne récente partage, sans forcément le savoir, une histoire commune avec celui qui a vécu les Coupes de France de 1965, 1971 et 2019, ou les années difficiles des allers-retours entre divisions. Cette continuité, faite de hauts et de bas plus que de succès linéaires, constitue une part importante de l'identité du club, distincte de sa seule actualité sportive du moment.

Une femme élégante en tailleur rouge observe des photographies sportives d'archives en noir et blanc dans une galerie de musée
Une mémoire qui se transmet aussi hors du stade, entre archives et récits partagés.

Cette transmission passe souvent par des gestes simples : montrer une vieille photo, raconter un but marqué avant sa propre naissance, ou simplement partager l'émotion d'un stade en fusion un soir de finale. Pour beaucoup de couples rennais, cette mémoire commune devient un sujet de conversation à part entière, parfois même le point de départ d'une relation née autour d'un intérêt partagé pour le club — comme le racontent nos lecteurs à l'occasion d'une sortie organisée autour d'un match vécu à deux au Roazhon Park.

C'est aussi pour cette raison que French Will consacre une rubrique entière à cette mémoire, en veillant à ne jamais la présenter comme une communication officielle du club, mais comme un travail journalistique et documentaire indépendant, nourri par des sources vérifiées plutôt que par la nostalgie seule.

Questions fréquentes

Le club a été fondé le 10 mars 1901 sous le nom de Stade rennais, avant de fusionner en 1904 avec le Football Club rennais pour donner naissance au Stade rennais Université Club.

Trois : en 1965 contre l'UA Sedan-Torcy (2-2 puis 3-1 au match rejoué), en 1971 contre l'Olympique lyonnais (1-0), et en 2019 contre le Paris Saint-Germain (2-2, 6-5 aux tirs au but).

Depuis le 23 mai 1972, date à laquelle la section football du SRUC a pris ce nom, les autres sections sportives conservant l'appellation SRUC.

Non. French Will est un magazine indépendant, non affilié, non approuvé et non soutenu par le Stade Rennais F.C. Les faits historiques cités relèvent du registre journalistique et documentaire, vérifiés auprès de sources indépendantes.

Ces couleurs proviennent du Football Club rennais, absorbé lors de la fusion de 1904 qui a donné naissance au Stade rennais Université Club. Le nouveau club a alors adopté définitivement le rouge et le noir.